Lettre ouverte d'un étudiant en histoire
Par MJS67, mercredi 25 février 2009 à 05:44 :: Blog fédéral :: #218 :: rss
"Je suis modéré mais je ne crois pas en l’inutilité d’une radicalisation du mouvement. Mais je vais tout de même exposer une crainte que j’ai: si l’on radicalise le mouvement, il faudra faire attention, une « radicalisation » ça peut très bien fonctionner…mais ça peut aussi virer au cauchemar...
Rappelons que l’on cherche : l’union et le ralliement..."

"La limite et le risque de la radicalisation du mouvement, c’est quand cette radicalisation transforme notre mouvement en mouvement sectaire, que peu de gens s’y retrouvent, et que l’on finisse par être de moins en moins à être mobilisés. Le mouvement deviendrait dès lors isolé, et, à partir de ce moment, le gouvernement pourra rester sur TOUTES ses positions et tout faire passer (sauf allez pour les enseignants chercheurs, avec un peu de chance) et cela en se justifiant du genre «De toute façon c’est une minorité qui est contre, c’est la démocratie qui parle ».
Il faut donc, par conséquent, être très prudent et mesurer nos actions, si radicales elles doivent être. Il faut faire attention à la peur et à l’insécurité que peuvent véhiculer certaines actions radicales : les manifestations qui prennent un nouvel itinéraire, non officiel, peuvent conduire à une rencontre avec les crs, dont on ne peut maitriser l’issue. Les mouvements de foule c’est incontrôlable, il suffit que l’on soit galvanisé par un quelconque petit incident (crs qui pousse un manifestant qui s’approche trop par exemple) et de notre côté ça se jettera aveuglément contre les crs…Je suis totalement contre le fait d’envoyer des étudiants se faire matraquer/gazer, peut-on affirmer à l’avance avec certitude que tout le monde sera raisonnable et saura s’arrêter au bon moment ? Je ne diabolise pas les actions radicales, je pense qu’il faut juste ne pas foncer tête baissée sur tout ce qu’on peut faire pour crier notre rage.
L’opinion publique doit être de notre côté, et comme je disais plus haut, attention à la peur et à l’insécurité véhiculées par les actions radicales, on est dans une société où les politiques ont cultivés la peur, les actions dites « radicales » ne plaisent pas à tout le monde et l’Histoire le prouve : après mai 68, l’assemblée législative récemment dissoute par Charles de Gaulle, eut une majorité gaulliste plus grande qu’avant… et ce, malgré le cri de tout une génération face à ce gouvernement. Les historiens ont expliqués cela par la peur... Je ne prétends pas prévoir ce qui va arriver, je tire juste la sonnette d’alarme sur une fin potentielle de notre mouvement, pour lequel on s’est battu et on a sacrifié nos études.
Cette opinion publique, on en a besoin, il ne faut pas se la mettre à dos. Si l'on n’est plus capable de rassembler, le mouvement s’essoufflera de lui-même et mourra en silence…
Selon moi, la radicalisation ne doit venir en force (c'est-à -dire totalement) que quand on aura tout épuisé, que toute la population saura pourquoi on se bat, qu’on n’a pas été entendu et que le gouvernement est antidémocratique pour l’opinion publique. Il faut ménager la masse des mobilisés qui ne sont pas radicaux, si on la perd, le mouvement est selon moi, condamné à mourir.
Il convient de rappeler que nous avons encore et toujours besoin de continuer à mobiliser, à rassembler à sensibiliser la France de l’action que nous menons. Il faut faire comprendre cette réforme et ses implications, cette réforme ne concerne pas qu’une élite, comme le croit à tort une partie de l’opinion publique. Le débat sous jacent est véritablement la dégradation voire la destruction pure et dure de la qualité du service public de l’éducation. Par ses conséquences, volontaires ou non, elle va jusqu’à remettre en cause notre belle méritocratie française qui permet une ascension sociale, selon le mérite, et cela grâce à un enseignement public de qualité. Si ce service public disparaît, c’est la porte ouverte à une future éducation à deux vitesses : celle des riches qui payeront les meilleures écoles privées à leurs enfants et celle des pauvres qui devront se contenter d’une école publique aux effectifs surchargés et avec des professeurs non titulaires et précarisés.
Cette méritocratie, que nos ancêtres ont donnée à la France, celle qui nous a permis de croire en l’espoir de cette République, il faut la défendre ! Cette soif d’égalité, rien ni personne ne pourra l’étouffer. "
A.K. étudiant en 1ère année d'histoire.
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